PAUL, APÔTRE DU CHRIST

Décidément, les films en lien avec la spiritualité ou même, plus précisément, le texte biblique sont au goût du jour. Après Jésus l’enquête, Marie Madeleine, la prière et bien d’autres encore, c’est au tour de « Paul, apôtre du Christ » de faire sa sortie ciné ce mercredi 02 mai en France. Une distribution SONY Pictures épaulée par SAJE distribution dans le réseau chrétien.

« Paul, apôtre du Christ », c’est l’histoire de deux hommes. Luc, en tant qu’ami et médecin, risque sa vie quand il s’aventure dans Rome pour rendre visite à Paul retenu captif dans la cellule de prison la plus sombre de Néron. L’empereur est déterminé à débarrasser Rome des chrétiens. Avant que la sentence de mort de Paul ne soit prononcée, Luc veut absolument écrire le récit du chemin de Paul avec Jésus pour que tous les croyants bénéficient de son enseignement. Des écrits à protéger qui vont susciter le courroux de Mauritius Gallas, commandant de la Prison Mamertine. Selon lui, c’est de la rébellion. Alors qu’il veut faire taire les deux disciples, la révolte gronde dans la ville…
Lié dans les chaînes, la lutte de Paul est pourtant interne. Il a tellement survécu – flagellation, naufrage, famine, lapidation, faim et soif, froid et exposition – et pourtant, alors qu’il attend son rendez-vous avec la mort, il est hanté par les ténèbres de ses méfaits passés. Seul dans le noir, il se demande s’il a été oublié… et s’il a la force de bien finir.
Deux hommes luttent contre un empereur déterminé et les faiblesses de l’esprit humain pour vivre l’Évangile de Jésus-Christ et répandre leur message au monde.

Alors, disons-le tout de suite, c’est l’observation d’un vrai parti-pris scénaristique qui ressort pour moi en priorité. Au lieu de se plonger dans la vie de ce personnage hors du commun, genre biopic, de façon classique, le réalisateur Andrew Hyatt choisit de se fixer sur les dernières semaines de sa vie et suggérer simplement quelques flashbacks nécessaires. Il travaille ainsi sur la profondeur du personnage, dessine son caractère et construit son scénario dans une certaine lenteur afin de mieux révéler l’épaisseur de l’apôtre.

Dans cette façon d’opérer se dévoilent aussi un certain nombre de thématiques fortes et, si pourtant tirées d’une vieille histoire, toujours autant contemporaines… des thèmes qui pourront façonner une réflexion personnelle ou être travaillées aisément en groupe après séance.

La grâce, tout d’abord, qui est là comme un cœur qui bat tout au long du récit. On comprend d’ailleurs le juste choix du sous-titre : « Là où le péché abonde… la grâce surabonde ».
« Paul avait toujours été dans mon esprit comme une figure fascinante »,a déclaré le réalisateur. « Et quand je pense à la grâce et à la miséricorde de Dieu et que je cherche qui pourrait en être humainement l’incarnation… je retourne invariablement vers Paul, quelqu’un qui passe du plus grand persécuteur des premiers chrétiens au plus grand évangélisateur de toute l’histoire de l’Église. »Si donc l’existence de l’apôtre Paul devient une forme d’incarnation vivante de la grâce divine et que le film le relate au travers du rappel de ce changement radical vécu, il faut noter que cette thématique revient en écho de diverses façons dans le scénario du film. On se rend compte ainsi de la difficulté parfois de la vivre. Ici, dans le contexte de la persécution romaine de cette communauté chrétienne, elle devient même une cause de conflits, voire de division interne. Il en ressort malgré tout une sorte d’hymne à la tolérance, au pardon, je dirai même à la réconciliation, et en tout cas à l’amour possible de ses propres ennemis… avec, comme une cerise sur le gâteau, la gestion nécessaire de la culpabilité dans le cheminement personnel de Paul et face à Dieu.

Toujours dans les grandes thématiques du film, si en cette année 2018 nous nous souvenons, 50 ans après sa mort, du message de Martin Luther King apôtre de la non-violence, Paul apôtre du Christest aussi l’occasion de ré-approcher ce thème dans un contexte différent. Car pour les chrétiens persécutés à Rome, se pose clairement un profond questionnement avec d’ailleurs plusieurs options choisies en fonction des uns et des autres :

– Lutter pacifiquement coute que coute en cherchant à être lumière dans les ténèbres (un argument développé plusieurs fois, notamment par Priscilla, pour dire le besoin de rester à Rome et d’aider les pauvres, les orphelins, les veuves…)
– Prendre les armes et se battre pour libérer Paul et s’opposer à la folie et l’oppression de Néron et de ses armée (choix plutôt des plus jeunes qui n’acceptent plus de voir mourir les leurs).
– Ou encore, s’enfuir pour sauver le maximum possible… (ce que défend Aquila)

Face à ses interrogations légitimes, Luc appelle à la paix. Pour lui, il est impensable de choisir la violence comme réponse à la violence. Pour Paul, de même, le mal ne peut être vaincu que par le bien. L’amour est la seule voie… Une des explications d’ailleurs apportées par Paul est intéressante et amplifie la thématique : Nous sommes, en tant que chrétiens, appelés à prendre soin du monde et non pas le gouverner…

Et puis, d’un point de vue plus cinématographique, on pourra apprécier une bonne réalisation, une jolie photo… pas d’excès ou de surenchère… globalement un bon travail technique et porté par un très correct casting qui convient parfaitement. Jim Caviezel, acteur dont les performances sont largement reconnues mais qui a, en particulier, marqué avec un autre film biblique, celui de Mel Gibson La Passion du Christ,endosse cette fois-ci le rôle du personnage de Luc, figure importante bien sûr dans l’histoire du christianisme et vrai premier rôle de ce métrage. Paul est quant à lui joué par le britannique James Faulkner, un acteur particulièrement classe qui sévit notamment dans la série « Game of Thrones ». Et on se permettra même un gentil cocorico en remarquant la participation du français Olivier Martinez, dans le rôle de Mauritius Gallas.

Un film bel et bien réussi qui sort radicalement des sentiers battus du genre péplum, que je vous recommande chaudement, avec ce conseil néanmoins. Celui de ne pas aller chercher à voir simplement l’histoire de Paul, mais plutôt y aller en étant prêt à se laisser toucher par elle.

Pour aller plus loin, vous pouvez aussi utiliser l’excellent dossier pédagogique disponible gratuitement sur le site de SAJE Productions

Par |2018-05-02T09:25:01+00:00Le 01/05/2018|Culture|